Yves Gernigon : « Militantisme européen, être politique ou ne plus être »

Jul 20 2018

A l’occasion de la « Marche pour une nouvelle Europe » le samedi 23 juin à Bruxelles, Yves Gernigon a délivré un message d’espoir s’agissant du combat européen. 

« Plus de 70 ans après la création de l’Europe, les militants pro-européens ont gagné un premier combat, celui de l’opinion publique.

Les enquêtes montrent que les citoyens jugent l’Europe comme ayant le pouvoir de les protéger face à la mondialisation ou pouvant s’ériger comme puissance internationale face à l’hégémonie américaine, chinoise, indienne ou russe. La liberté de circulation est appréciée et l’adhésion à l’euro est majoritaire.

Aujourd’hui, même les souverainistes reconnaissent le bienfondé des coopérations européennes, c’est dire ! Après l’échec du FN à la présidentielle en France et les difficultés de la Lega et du M5S pour conclure un contrat de gouvernement en Italie, force est de constater que les nationalistes sont de plus en plus réticents à quitter l’euro.

Cependant loin de se contenter de ce satisfecit, un second combat nous attend, celui de la bataille électorale. Car paradoxalement, si l’Europe jouit d’un bon crédit auprès de ses citoyens, le vote anti-européen a progressé et reste une menace pour notre avenir.

Bien qu’une majorité juge positivement l’Europe, les Européens ne sont pas en phase avec celle qui leur est proposée.

Les institutions européennes sont considérées comme non démocratiques, les politiques de l’emploi sont jugées injustes et menaçantes pour la protection sociale – du moins par les Européens de l’Ouest. L’Europe est également estimée impuissante à juguler la déferlante migratoire ou le terrorisme. L’absence de frontières externes européennes et les élargissements sans fin, sont aussi facteurs de défiance.

Ces déceptions sont utilisées électoralement par les partis souverainistes et antisystème qui progressent lors de chaque scrutin notamment en France, en Allemagne ou en Italie.

Ce risque électoral nous oblige donc aujourd’hui, nous activistes européens, à entrer de plein pied dans le champ politique pour lutter à armes égales contre nos adversaires.

Désormais, nous ne pouvons plus nous contenter de participer à quelques inoffensifs rassemblements de drapeaux bleus frappés des douze étoiles ou de nous borner à défendre Erasmus, programme qui ne concerne que 1 ou 2 % des étudiants européens.

Aujourd’hui, nous devons nous adresser à l’ensemble de nos concitoyens et proposer des mesures politiques sur des sujets considérés comme brûlants : développement économique, protection des droits sociaux ou lutte contre les migrations illégales.

Nous devons prouver que l’UE se préoccupe des intérêts de tous les Européens et qu’elle est capable d’apporter des réponses aux défis de demain.

Cette démarche demande l’élaboration d’un programme politique précis qui nous oblige à faire des choix orientés. Cet effort de politisation se fera donc au prix d’antagonismes et d’une segmentation de la pléthorique famille pro-européenne.

Mais l’enjeu des batailles électorales à venir – la préservation de notre avenir et la survie de l’Europe – nous oblige à suivre cette voie. »

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5 Comments
  • « Une nouvelle Europe » (ou « réinventons l’Europe ») n’a pas grand sens à part d’être une formule passe-partout.
    Ce qu’il faut, c’est achever l’Europe. Robert Schuman, dans sa présentation du projet CECA le 9 mai 1950, avait souligné qu’il s’agissait de la première étape vers la fédération européenne. Fédération européenne ayant le sens précis d’union d’Etats européens pourvue d’un gouvernement supranational souverain, démocratiquement élu et démocratiquement contrôlé, en charge des affaires d’envergure continentale au premier rang desquelles la politique extérieure et la défense. Après la CECA, le seconde étape vers cet objectif était, proposée par René Pleven, la Communauté Européenne de Défense. La quasi-totalité des Etats membres l’avait acceptée quand la France en août 1954 a dit NIET, mettant un coup d’arrêt au projet fédéral. De sorte que de fil en aiguille, de contorsion en contorsion, on a construit cette Europe Frankenstein, selon l’expression de Martin Schulz, monstre qui échappe à ses créateurs et qui finit par s’autodétruire.
    Pourquoi? Parce le projet fédéral, qui coule de source du point de vue rationnel, achoppe sur l’opinion publique, laquelle ressortit à l’émotionnel. Certes, on peut faire dire aux gens qu’ils adorent l’UE qui subventionne les piscines ou les ravalements de façades des bâtiments de leur ville. Il reste que dans le for intérieur de la majorité le renoncement de leur pays à la souveraineté est inacceptable. Les fédéralistes, depuis 70 ans, ont échoué à construire un « narrative » de l’Europe fédérale, récit qui rende le projet aussi convainquant qu’enthousiasmant. Il est désormais bien tard.
    En parodiant ce que disait le général De Gaulle à propos de l’Argentine, on peut hélas dire que l’Europe fédérale est un pays d’avenir… et qui le restera. Qu’avons-nous fait de l’avenir de nos petits-enfants?

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    Rémy Volpi
  • Greetings!
    Je suis un expatrie francais qui vit dans le Kent (UK) et je rencontre tous les jours la colere des britanniques vis a vis de l’UE. AUCUN message n’est transmis entre la Commission Europeenne et les peuples qui composent l’Europe qui nous protege et nous permet de nous developper. Je vous propose quatre moyens d’affirmer le bien fonde des Etats Unis d’Europe, car c’est bien de cela qu’il s’agit des aujourd’hui:
    1. Etablir UNE constitution europeenne avec le remplacement progressif de la Commission Europeenne par un gouvernement central directement elu par les 550 millions d’habitants;
    2. Arreter ce non-sens qu’est Shenghen et donner aux Etats europeens la possibilite d’etablir des quotas de migrants par annee ainsi que le font sans problemes le Canada et l’Australie;
    3. Renouer avec le motto de l’Europe qui est  » In Varietate Concordia’: Unis dans la diversite. Cela veut dire la possibilite aux Etats de decider de leur avenir independemment les uns des autres a l’exception des questions supranationales comme la defense, le developpement economique, les finances (y compris les taxations et les impots), et les affaires etrangeres;
    4. La reduction des frais de fonctionnement de l’UE de 25 % et la responsabilite directe des commissaires de leurs decisions devant les peuples qu’ils representent avec obligations de communiquer celles-ci regulierement et directement a tous les peuples concernes dans les medias nationaux.

    J’attends votre commentaire,
    PjP

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    Patrick Papougnot
  • Je pense que l’ensemble des acteurs et constructeurs de l’Europe et donc de celle de demain doivent trouver un axe de rassemblement sur trois priorités à définir collectivement d’ici les élection européennes de 2019.

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  • L’UE à 28 a 510 millions d’habitants (population 2017) et la synthèse du programme PFE a pour Objectif 1 de « construire une démocratie de 500 millions d’habitants ».
    Mais l’UE à 27 en a 445,5 millions. Préparons-nous donc à réactualiser le slogan : construire une démocratie à 450 millions d’habitants. »

    Ce qui me préoccupe dans le scrutin pour le Parlement européen, c’est qu’il n’applique pas le principe « un homme, une voix » : les ‘grands’ pays sont sous-représentés, les ‘petits’ d’autant plus sur-représentés qu’ils sont petits : c’est la proportionnelle dégressive. Même si l’ajustement prévu après Brexit atténue la disproportion, qui défavorise notamment la France.

    Avec 6 députés européens, Malte et le Luxembourg en ont un pour pour 72 000 et 96 000 habitants respectivement. En France, c’est un député pour plus de 800 000 habitants.
    En France, c’est un député européen pour plus de 800 000 habitants. Dix fois moins.
    Un des six pays européens de la taille de l’Île-de-France (circonscriptions européenne de 2009 à 2019) a eu deux fois plus de députés. Il y a un problème.

    Le Conseil constitutionnel (français) s’est déjà prononcé pour que chaque circonscription ne dépasse pas 20% d’écart à la moyenne, entre circonscriptions d’un même département.
    Admettons un écart à la moyenne jusqu’à 30% pour les petits pays, mais il sera difficile de donner plus de réels pouvoirs au Parlement européen si le poids de chaque vote n’est pas mieux réparti.

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    JL Lalanne
  • j’aimerais rentrer en contact avec Remy Volpi par téléphone

    voici le mien 06 86 28 20 05

    merci

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    Philippe 0rdner

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